Etrangers irréguliers : l'acharnement
Un article de Louis Maurin (Alternatives Economiques) 25 février 2010
Les renvois de sans-papiers entraînent de plus en plus de drames. Nous dévoilons ici un rapport officiel qui donne des éléments chiffrés sur les (coûteux) moyens mis en œuvre pour atteindre les quotas d’expulsions.
29 300 étrangers sans papiers ont été renvoyés en 2009, selon le ministère de l’Immigration. Mais la machine à expulser fonctionne de façon très différente du discours officiel, comme le révèlent les données d’un rapport du secrétariat général du Comité de contrôle de l’immigration (instance chargée de présenter chaque année au Parlement les orientations de la politique gouvernementale) publié en catimini et que nous dévoilons 1.
Le nombre d’étrangers expulsés a été multiplié par trois entre 2001 et 2009. Mais le gouvernement a commencé par le plus facile : le renvoi des jeunes hommes arrivés récemment. De plus en plus, il faut payer pour atteindre les « quotas » d’expulsés. Comme le montrent les données détaillées pour l’année 2008 : 10 000 personnes (+ 6 600 par rapport à 2007) ont ainsi été reconduites moyennant finances, soit 2 000 euros pour une personne seule, 3 500 euros pour un couple et 1 000 euros supplémentaires par enfant. Une politique extrêmement coûteuse, surtout si l’on ajoute l’ensemble des dépenses des services de l’Etat, du commissariat à l’administration centrale, en passant par la justice. Pour expulser 29 000 personnes, pas moins de 82 600 arrestations ont été réalisées, soit autant de dossiers et des millions d’heures de travail de fonctionnaires… Le rapport signale, par exemple, que 900 patrouilles « sécurisent » (les guillemets ne sont pas inclus dans le rapport) quelque 2 300 gares et 1 500 trains. Autant de services publics qui auraient mieux à faire en s’occupant d’autres dossiers, que l’on songe aux tribunaux ou aux forces de police. (...)


